La Suisse, état policier?

Publié le par Néness

La liberté de la presse n'est pas seulement remise en cause dans les Etats dits sous-developpés. Pas besoin de gratter loin pour voir que chez nous c'est pareil. Dernier exemple en date : des journalistes arrêtés en Suisse, venus couvrir un reportage sur une manif contre le WEF, le forum économique mondial, qui se tient traditionnellement à Davos. Manif interdite. Avant le début du regroupement d'une centaine de personnes, des policiers tombent à bras raccourcis sur deux journalistes, à la sortie même de l'agence, et les enferment quelques heures, en refusant de prendre en compte leurs cartes de presse... Pour pouvoir agir en toute "décomplexion" face aux manifestants illégaux, sans témoin, leur rentrer dans le lard avec délices?

En tout cas, quelques centaines de manifestants, 242 interpellations dont une cinquantaine de mineurs, pas mal de menottes, une soixantaine de personnes retenues jusqu'à 10 heures dans des cellules en plein air dans le froid...

Un état policier!! L'Europe se policiarise sous l'excuse de l'insécurité, pour mieux museler tout le monde et faire taire les non porteurs d'oeillères...

 

Je mets cette vidéo sans avoir pris le temps de l'écouter...

 

Ou si les liens ne fonctionnent plus, ci-dessous...

 


Un jeune rédacteur de l'hebdomadaire alémanique «Wochenzeitung» a été interpellé samedi lors de la manif interdite contre le Forum de Davos. Dinu Gautier, 23 ans, est resté enfermé quatre heures. Son témoignage fait froid dans le dos

Simon Koch - 23/01/2008 - Le Matin Bleu 

Une dizaine de policiers menottent le jeune homme et son collègue du «Courrier» directement devant la rédaction bernoise de la «Wochenzeitung» («WOZ»). «Ils nous ont dit vouloir contrôler nos identités et nous ont emmenés au poste.» Dinu a sur lui une lettre officielle de la «WOZ» le mandatant pour couvrir les événements. «Le chef des opérations m'a dit: «Ton papier, il est juste bon pour se torcher avec.» Officiellement, la police bernoise dira que ce document ne pouvait pas être considéré comme une carte de presse.

Après une heure, le jeune rédacteur est photographié. «Dans la salle, des agents fouillent des hommes et des femmes nues, derrière des rideaux à moitié tirés.»

Les trois heures suivantes, Dinu les passe dans une cage sans toilettes, en compagnie d'une cinquantaine de codétenus. Dans un coin, un lac d'urine. «Il y avait un homme hémophile. En tout, il a attendu une heure qu'un médecin le libère en catastrophe.» Direction: l'hôpital, où il se trouve toujours.

«Nous avons été traités comme dans un Etat policier. C'était absurde et disproportionnée.» La «WOZ» et le syndicat Comedia envisagent de porter plainte contre la police bernoise.

Le récit complet est à lire aujourd'hui dans la «Wochenzeitung» et sur www.woz.ch

 

 

Le journalisme les mains dans le dos
Paru le Dimanche 20 Janvier 2008 - SIMON PETITE - Le Courrier

ARRESTATION - Bien malgré lui, l'envoyé du «Courrier» à Berne a passé un peu de temps avec les manifestants contre le Forum économique mondial de Davos arrêtés samedi.
La police n'a pas chômé, samedi, dans les rues de Berne. Sur la base de «nouvelles menaces», les autorités avaient interdit, jeudi soir, le cortège des anti-WEF. Chaque manifestant s'est donc déplacé à ses risques et périls. Selon les agences de presse, quelques centaines de militants sont venus. Pas dit qu'ils reviendront. Peut-être était-ce là le but recherché par la débauche de moyens policiers. Dès la sortie du train, premier comité d'accueil. Dans la vieille ville, les contrôles se succèdent. A 14 h 45, un quart d'heure avant le rendez-vous fixé par les organisateurs, la Waisenhausplatz est encore vide.

La suite? Je dois dire que je l'ai en partie manquée. Des policiers m'embarquent dans un fourgon en compagnie d'un collègue de la WoZ, l'hebdomadaire de gauche de la Suisse alémanique.
Direction l'hôtel de police tout proche. Première fouille dans la cour. Les pandores tombent enfin sur ma carte de presse. Je ne l'aurais pas dégainée assez vite. On me reprochera aussi de n'avoir pas pris mes jambes à mon cou quand le rédacteur de la WoZ était appréhendé, c'est selon. La découverte de la petite carte rouge – que je croyais naïvement être un sésame – n'émeut personne. On me passe les menottes en plastique avec un petit numéro dessus et en avant pour le sous-sol. Dans la pièce, le dispositif tourne à plein régime. Deux cabines avec un rideau pour les fouilles, des fonctionnaires absorbés devant leur écran enregistrant l'identité des prévenus. A côté, une arrière-cour sert de salle d'attente.

Une vingtaine de jeunes – très jeunes – sont déjà là. La manifestation n'a alors pas commencé. Parmi eux, un petit groupe de Lausannois. «Nous sommes arrivés avec un train régional pour ne pas nous faire cueillir à la gare, mais on n'a pas fait vingt minutes dans la vieille ville...», raconte l'un d'eux. «Tu crois qu'ils vont nous prendre l'ADN?» demande un autre, vaguement inquiet. Pas besoin d'être physionomiste pour deviner ce qui a amené cette jeunesse dans cette cour. Cheveux en bataille, veste et grosses chaussures noires... Par bravade, un nouvel arrivant fait de la résistance. Un policier qui n'attendait que ça se précipite sur lui et le fait trébucher. Toujours menotté, il manque de s'éclater le visage par terre. Pour le reste, ignorant les invocations aux droits humains, les moqueries et les insultes, nos gardiens se contentent de nous ordonner de nous tenir contre le mur. «C'est bien: après ça, on aura encore plus la rage», me dit un jeune à crête. Le statut de journaliste offre tout de même quelques privilèges, comme passer avant tout le monde, être dispensé d'interrogatoire et de séance photo – où le jeu consiste à tirer la pire tronche possible. Une grosse heure après mon interpellation, je suis relâché sans davantage d'explications. Mon homologue de la WOZ sera retenu jusqu'à 19 h. J'ai juste le temps de suivre la fin du jeu du chat et de la souris entre les rares manifestants et l'armada policière, le tout sous les yeux de milliers de badauds et sous les flashs de touristes japonais visiblement ravis. J'ai quand même la désagréable impression d'avoir été pris dans un exercice de préparation à l'Euro 2008. A moins qu'il se soit agi d'une séance de rattrapage après les débordements de la manif anti-UDC du 6 octobre.

 

 

Anti-Wef-Demo
Zehn Minuten Panik - Von Dinu Gautier

WOZ-Reporter Dinu Gautier wurde am Samstag in Bern zusammen mit einem ­anderen Journalisten verhaftet. Sein Bericht von der Festnahme und aus dem Gefängnis.
Am Samstagnachmittag verlasse ich zusammen mit einer Bürokollegin und einem Journalisten der Genfer ­Tageszeitung «Courrier» das Redaktions­büro der WOZ in der Berner Innenstadt. Wir wollen über die angekündigte Demonstration von Wef-GegnerInnen berichten. Noch wissen wir nicht, dass wir stattdessen Zeugen der Haftbedingungen in einem Polizeigebäude werden sollten.

Direkt vor dem Hauseingang erwartet uns ein Mann, der sogleich zischend zu verstehen gibt, ich würde zwecks Personenkontrolle festgenommen. Der Mann ist kein Unbekannter: Er ­heisst Kurt Trolliet und ist mutmasslicher Chef des Nachrichtendienstes der Kantons­polizei Bern.

Ich zeige ihm ein Schreiben der Redaktionsleiterin, welches bestätigt, dass ich im Auftrag der WOZ die Demonstration beobachten solle. Da kommen bereits etwa zehn Polizisten in Vollmontur anmarschiert und fesseln uns mit Kabelbindern.

Im Hof des Polizeipostens beim Waisenhausplatz stehen wir an der Wand und werden durchsucht. Wir protestieren und machen die Polizisten erneut auf die Pressefreiheit aufmerksam. Dazu der Anführer der Polizeieinheit: «Mit einem Schreiben der WOZ kann ich mir geradeso gut den Hintern abwischen.»

Beim Journalisten des ­«Courriers» findet ein Polizist einen Comedia-Presseausweis, was die Beamten aber nicht weiter beunruhigt: «Fesselt ihn! Wir können das ja auch später noch ­abklären.»

Nach einer Stunde werden meine Bürokollegin und der «Courrier»-Journalist entlassen. Später komme ich in einen Raum, in dem an einem Computer ein älterer Polizist mit hochrotem Kopf sitzt. Ob der wohl so rot ist, weil sich ihm gegenüber verhaftete Frauen und Männer ausziehen müssen? Die Vorhänge vor den zwei kleinen Leibesvisitationskabinen sind nur zu etwa zwei Dritteln zugezogen. Später erzählt mir ein Gefangener, er habe darin sogar seine Pobacken spreizen müssen.

Ich werde fotografiert, dann komme ich in einen Art Freiluftkäfig hinter dem Gebäude. Die Wände sind aus Beton, statt eines Dachs hat es aber ein Gitter in etwa zwei Metern Höhe. Die grosse Mehrheit der knapp fünfzig Personen wurde bereits vor Stunden verhaftet, darunter auch Leute, die in ihrem Leben noch nie an einer Demo teilgenommen haben. Gepinkelt wird in die Ecke, dort hat sich bereits ein kleiner See gebildet. Jemand fokussiert seine Wut auf die Stahltüre. Die ist zwar praktisch unzerstörbar, der Lärm scheint die PolizistInnen auf der anderen Seite aber zu stören. Plötzlich geht die Türe einen Spaltbreit auf, und jemand spritzt flüssiges Tränengas in die Zelle.

Etwas später wird ein humpelnder Mann hereingebracht. Er ist ganz bleich und setzt sich auf den kalten Betonboden. «Ich bin Bluter und brauche dringend Medikamente», sagt der Mann, der Michael heisst. Seit seiner Festnahme habe er innere Blutungen im Bein, die Polizisten hätten seine diesbezüglichen Hinweise aber nicht ernst genommen. «Es kann ja nicht so schlimm sein, wenn Sie noch gehen können», habe ein Polizist gesagt. Später habe einer seinen Hämophilieausweis gesehen. Daraufhin habe es anders getönt: «Sie müssen als Bluter ja auch nicht an unbewilligten Demos teilnehmen.»

Nun wartet Michael bereits seit etwa dreiviertel Stunden auf die angeblich gerufene Sanitätspolizei. Wir beginnen ununterbrochen zu schreien: «Notfall, wir brauchen einen Arzt! Hilfe!» Panik macht sich breit. Dann, nach zehn Minuten, die mir wie eine Ewigkeit vorkommen, darf er endlich raus. Und bald erlange auch ich wieder die Freiheit - nach vier Stunden «Personenkontrolle», was der angegebene Grund für die Festnahme war.

Drei Tage später telefoniere ich mit Michael. Er ist seit dem Samstag im Spital. Mittlerweile weiss er, dass er kaum bleibende Schäden davontragen wird, was aber nicht immer klar gewesen sei: «Als mein Bein auf dem Polizeipos­ten immer mehr anschwoll, fragte ich mich, ob ich es verlieren würde.» ­Glücklicherweise habe die Notärztin den Polizisten klarmachen können, dass ein Nierenversagen und somit der Tod drohe. Sonst hätten sie ihn wohl gar nicht gehen lassen. «Und dies alles, weil ich mich im falschen Moment in der Berner Innenstadt aufgehalten habe», so ­Michael.

WOZ vom 24.01.2008

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