Mots croisés du 08/01 : le vrai visage du FN et d'autres partis.
Ouille ouille ouille... je bats ma coulpe (comme on dit dans la haute quand on a honte, ou dans la basse pour faire le pitre qui pue, jeu de mot quand tu nous tiens, allez ouste lâche moi)... hier je disais espérer qu'il y aurait plus de débats politiques, seul moyen de se faire une vraie idée politique, en assistant à la confrontation des points de vue (ou des gamineries, mais parfois bien révélatrices d'un état d'esprit) de personnes de différents partis... et bien oui hier soir il y avait "Mots croisés" avec pour invités Patrick Devedjian (UMP), Manuel Valls (PS), Marine LePen (FN), Jean-Christophe Lagarde (UDF) et Olivier Besancenot (LCR)... on a pu assister à un débat assez révélateur, en particulier sur la position du FN. Pour le reste, sur ce que j'ai vu de l'émission, il y avait un consensus à peu près général (sur les diagnostics, pas sur les moyens à mettre en oeuvre) : il y a trop de SDF, les logements sont chers... quelle bonté d'âme, nos politiciens! Sauf concernant le travail le dimanche mais on y reviendra après...

Ce débat a permis de vérifier le schéma dont je parlais hier : les partis se distinguent essentiellement par leur positionnement sur une échelle marquant le degré de libéralisme économique... et à ce jeu, l'UMP et encore plus le FN se sont positionnés comme des tenants du libéralisme à toute berzingue, le PS et l'UDF pour un libéralisme assorti de mesurettes, et la LCR pour un retour à une société moins libérale économiquement et donc plus juste.
Concernant les SDF et le logement, Olivier Besancenot a été le seul à reprendre à son compte l'idée d'un vrai service public du logement (vu comme seul moyen d'enrayer les hausses monstrueuses du prix des logements et de régler le problème des mal logés ou des SDF par Jacques Cotta invité sur le plateau, auteur du livre "7 millions de travailleurs pauvres"), les autres non. Pour le travail le dimanche, Besancenot a été le seul à s'y opposer, UDF et PS s'y opposant flasquement tout en l'acceptant peut-être, et l'UMP et le FN étant à fond pour.
Revenons un peu plus sur les idées du FN (sur ces sujets) que, finalement, peu connaissent. Cela vaut le coup. Concernant les SDF, la Marine (la politicienne, pas la marchande) a fait son numéro, s'égosillant contre un fait inacceptable... pour finalement s'élever contre le droit au logement opposable qui devrait accepté sous peu et mis en place (plus tard...) par Chirac, Villepin et Sarkozy, et qui avait fait en gros consensus parmi les invités ; droit au logement opposable qui, pour la pauvre Marine LePen correspond à une soviétisation, des contraintes insupportables... elle est donc pour laisser l'économie mener son petit bonhomme de chemin duquel sont exclus de plus en plus de gens : l'anarchie économique plutôt que les interventions de l'Etat... sauf pour appliquer la préférence nationale dans les HLM (les étrangers doivent subvenir à leurs besoins, l'Etat ne devant pas les prendre en charge... d'où un désamour des étrangers pour la France qui devront la quitter, chapeau, mais la quitter pour un pays d'origine qu'ils n'ont pour bon nombre jamais connu? et donc un désamour sans quitter la France assorti d'une paupérisation accrue... c'est ça le remède miracle du Front National [pardon pour les majuscules, pardon pour les résistants communistes qui se sont réunis sous l'organisation du même nom pendant la deuxième guerre mondiale] pour sauver la France?).
Pour le travail le dimanche, la fille de son père a aussi une façon de voir intéressante : si les Français travaillent le dimanche (et de nuit, et les heures supplémentaires?), c'est qu'ils ont envie de le faire! Ah ouais. Argument implacable : "Si le dimanche c'est se regarder en chien de faïence pour partager un poulet à douze, je ne sais pas si c'est ce que veulent les Français" (j'ai failli m'étouffer de rigoler en entendant ça, j'avoue). Donc en gros, les dimanches c'est nul, allez plutôt bosser, fainéants! On retrouve les idées du papa avec la semaine de 42 heures, la retraite à 70 ans, et la liberté totale et sans contrainte de licenciement des patrons. Et Marine, les Français doivent être libres de pas partager un poulet à douze s'ils le veulent. Le dimanche ce n'est pas que les repas de famille, ça peut être aussi le moyen pour des parents de voir un peu leurs enfants aussi non (les jeunes mères de famille bossant à Carrefour le dimanche doivent être super heureuses, avec des salaires énormes)? Devedjian était sur la même ligne en disant que le boulot le dimanche rapportait de l'argent pour pouvoir bien élever ses enfants, ce à quoi on pourrait lui rétorquer qu'élever ses enfants c'est aussi les voir de temps en temps pour être avec eux, et pas les laisser livrés à eux-mêmes avec le risque qu'ils tournent mal, non? Pourtant à l'UMP on devrait être sensible à ça...
Besancenot a été le seul à pointer du doigt le fait que les heures supplémentaires, le travail de nuit ou le dimanche, n'étaient pas acceptés librement la plupart du temps, mais sous la contrainte du manque d'argent, du fait de loyers trop chers etc. Généraliser la possibilité de travailler le dimanche ce serait créer une nouvelle armée supplémentaire d'esclaves prêts à beaucoup pour un peu plus de revenus du fait de salaires trop bas. D'ailleurs parfois on gagne mieux sa vie en ne foutant rien (je connais un cas, une famille avec deux enfants qui ne bossent que deux mois par an et qui vivent, grâce aux aides, dans une maison jumelée HLM avec jardin que je rêverais d'avoir, mais que je ne pourrais louer alors que je gagne l'équivalent de plus d'un SMIC et demi). Il est temps de remonter les salaires et de faire quelque chose pour lutter contre la spirale ascensionnelle des logements. Pour cela il n'y a pas 36 moyens. Seul l'Etat peut faire quelque chose, avec une politique volontariste et engagée. Un service public du logement ça aurait de la gueule. Comment croire que le marché peut régler tous les problèmes d'un coup de baguette magique? C'est comme pour l'eau ou l'énergie (électricité, gaz...) : si on privatise, le but c'est d'en vendre le plus possible. Est-ce compatible avec la volonté affichée de faire plus pour l'environnement? Comment faire ensuite pour limiter la consommation? Si l'Etat gère ces secteurs il peut mener des politiques en la matière : par exemple appliquer des tarifs différenciés selon la consommation des ménages (un tarif de base en dessous d'un niveau de consommation, qui pourrait être inférieur au prix actuel, puis une augmentation du tarif selon le degré de consommation par exemple) et des entreprises. Et c'est possible. Hugo Chavez a annoncé hier son intention de nationaliser une entreprise de télécommunications et des entreprises d'énergie, après d'autres nationalisations, le but étant de nationaliser l'électricité et la téléphonie. Pour la téléphonie, la loi du marché impose la concurrence, donc multiplication des opérateurs, tarifs opaques, bordel pour s'y retrouver dans les bottins (quand ils existent encore) ou sur internet... un cousin policier m'a même fait part de difficultés accrues dans la PJ où il bosse : les opérateurs se sous-traitent les uns les autres, on ne sait plus d'où viennent les appels, tout le monde se rejette la balle... n'est-il pas important, dans le cadre de la surveillance du territoire, que l'Etat puisse unifier les télécommunications et les gérer? Si le marché bouffe encore de nouveaux secteurs, c'est une marge de manoeuvre de l'Etat, donc de nous, qui part, et qui ne nous laisse plus libres de prendre les décisions que l'on veut. Le marché est un cheval sans tête qui est sonné une fois qu'il est rentré dans un mur (il guérit avec l'aide de l'Etat qui débourse sans compter pour offrir de nouvelles béquilles), pour repartir de plus belle. Même Calvi, le présentateur de "Mots Croisés" a critiqué la loi du marché, concernant la question des logements... c'est pourtant loin d'être un révolutionnaire!
Pour en finir avec le FN, Marine a sorti à un moment donné que l'héritage de son père l'avait rendu libre (référence certainement à l'héritage fructueux des ciments Lambert il y a des années, que ce dernier a refilé entièrement à LePen en oubliant sa famille, ou aux dons ou cotisations d'adhérents qui tombaient sur le compte de LePen car c'était le compte du parti...). Les autres ne le sont-ils pas? Être riche a t-il contribué à le rendre plus conscient des problèmes de ses concitoyens dont il s'est encore éloignés en terme de niveau de vie (il n'était déjà "pas très pauvre"). Vivre avec les problèmes connus par ses concitoyens pour vivre ne rend-il pas plus conscient des choses qui ne vont pas dans cette société (le plus riche de nos concitoyens est-il le mieux placé pour écouter la population, la comprendre, et agir en conséquence? Berlusconi était le plus riche d'Italie. Le Pen n'est pas le plus riche de France, mais il est bien placé. C'est un des politiciens les plus riches en tout cas, sinon le lauréat de cette catégorie)? LePen est libre, comme Max, un bobo économique qui souhaite vivre sans contrainte, et pour cela est prêt à faire supprimer l'impôt sur la fortune qu'il paie mais ne veut plus payer, à l'instar d'un Johnny, à faire supprimer toute contrainte pour les patrons qui pourraient embaucher autant qu'ils veulent et licencier librement...un anarchiste de l'économie... un bourgeois bouffi, un bourgeois-bombance, un bourgeois boursicoteur qui profite bien du système... on pourrait dire aussi un bourgeois borgne, pour faire bobo, mais c'est méchant alors je ne le dirai pas...