Cher Journal,
J'ai pris la résolution de t'étrenner en ce jour de gloire (pour moi). Et je te raconterai tout de ma présidence. Si j'ai le temps.
Présidence : jour J!
Putain ça y est j'y crois pas! J'ai pas dormi de la nuit, j'ai trépigné comme un ouf! Devant la télé. J'ai regardé l'émission des chasseurs sur TF1 en buvant café sur café en grignottant le peu d'ongles en charpie qui me restaient. Le pire c'est que ça m'a un peu détendu ces chasseurs. Mes belles promesses à 2 balles leur ont plu du coup ils n'ont pas voté FN... ni Nihous... ah ce Nihous... Nihous ni couette. Désolé mais je suis encore tout fébrile! Ca yest putain, je suis président! Je me suis levé du canapé à 7 heures, j'ai éteint la télé, puis je me suis rasé en ne pensant à rien, à rien du tout! Quel bonheur! ... Si. A mon deuxième mandat... enfin bon je me suis douché, tout ça. Bon, vu ma taille, il faut attendre longtemps avant que la première goutte ne me touche (sans faire trembler l'autre). C'est les cons qui sortent des blagues sur les petits qui me l'ont répété assez souvent. Plus rien à péter moi, je leur pète au cul à ces grands cons, Chirac en tête. Je vous ai tous niqués moi les gars! Les filles, n'en parlont même pas! Aux US, fier et grand pays de mon pote Bush que j'admire en secret (Bush, pas son pays, enfin si, les deux), les démocrates présentent deux candidats des minorités : la Clinton, une femme, et le "baraque au bas mot", le grand noir là. Espérons que les minorités restent minoritaires, et que ce soit un candidat normal qui gagne : un républicain. Un homme. Blanc. Oui les US ne sont pas prêts à ce qu'on connaît en France : un deuxième tour avec deux représentants d'une minorité. Une femme contre un petit. Euh, un d'origine immigré. Né à Neuilly bon d'accord. Mais je m'en fous!
10h58, j'arrive enfin à l'Elysée. A coeur battant rien d'impossible. Chichi est même descendu du perron pour me serrer la main, certainement en signe de détente. Bon, moi j'étais en haut. Bon. Mais j'en connais un ce soir qui ne sera pas à la fête. J'ai bien essuyé mes pieds sur les paillassons de l'Elysée, pas comme avant quand je faisais exprès de marcher dans les dernières merdes du trottoir lorsque je me rendais au palais à Chichi. Maintenant c'est mon palais à moi. Et j'ai le palais délicat.
J'ai fait un petit discours d'investiture à deux balles. J'ai parié à Fillon que je dirai les deux phrases suivante sans pouffer :
"Je pense avec gravité au mandat que le peuple français m'a confié et à cette exigence si forte qu'il porte en lui et que je n'ai pas le droit de décevoir", et
"Exigence de rassembler les Français (...), exigence de respecter la parole donnée - respecter la parole donnée - et de tenir les engagements parce que jamais la confiance n'a été aussi ébranlée, aussi fragile".
J'en connais un qui va devoir aller me payer une montre Chopard... Mais quand on est président on doit dire ce genre de chose, putain. Eh oui c'est comme ça.
Bon, en tout cas maintenant c'est parti! Plus qu'à bâtir mon "équipe de France" à moi, et au boulot! J'ai bien profité de ces quelques jours de repose. Bon, déjà le repas, la nuit et le déjeuner au Fouquet's. Pas la chambre à 2000 euros tout de même : la suite présidentielle s'il te plaît. A 8'500 euros*. Oui, 7 mois de salaire d'un smicard. Et alors, je le vaux bien. Même pas 2 heures après les résultats officiels du 2ème tour des présidentielles, je papotais allègrement des allègements que je prévoyais pour mes potes Martin Bouygues, Vincent Bolloré, Alain Minc (conseiller de la 7ème fortune mondiale : Arnault), Dominique Desseigne (pdg de Barrière, les casinos et le Fouquet's...) ou Henri Proglio le pdg de Veolia (Lagardère, Antoine Bernheim et albert Frère étaient déjà venus saluer ma victoire au siège)*. Allègements que, sous leur pression, je vais revoir à la hausse, mais en contrepartie d'une couverture médiatique en ma faveur, faut pas déconner non plus! Et en prime, Bolloré me propose un voyage à Malte dans son Falcon (marque Dassault : rien ne se perd...) à 25'000 euros l'heure*, oui deux ans de salaire d'un smicard de l'heure, oui oui! La classe non? Puis dans son yacht qu'il loue à l'occasion 170'000 euros la semaine* (oui 12 ans de smic oui oui). Trop bien son Yacht. J'ai pu y gueuler le soir, dans l'immensité noire de la nuit, sous la myriade d'étoiles m'admirant des "I am the king of the world" qui me donnaient des frissons. Même si l'accent n'était pas terrible. En tout cas, je m'y suis bien mis, dans le rôle de président, là, ça va!!!
Tout ça, le faste dès les élections finites, je l'assume à mort! D'après les sondages que j'ai demandé entre les deux tours, me plonger dans le luxe ne serait pas mauvais pour mon image, au contraire même! Alors pourquoi se priver? J'ai dans ma poche les plus grandes fortunes de France, qui me chouchoutent en échange du bouclier fiscal voire quelques coups de main par ci par là au besoin... et ils me gardent une place au chaud pour après la présidence (tu vas voir comment je vais la monnayer cette ligne de mon CV tiens!)... alors hop! Autant fêter dignement cette victoire! Je vous préviens, je vais tout péter, je vais être le président du show-biz, comme aux States, les paillettes, le champagne, les gonzesses (surtout que Cécilia... mais bon tant mieux, un vrai boulet celle-là. J'ai pu censurer l'article du JDD qui disait qu'elle n'avait même pas vréoté au 2ème tour, mais bon je crois que ça va finir par ce savoir*). Et en 2007, rebelotte, élu avec 60%. Sont cons les gens quand même! Mais je me plains pas, je profite... D'ailleurs, je viens de lancer, avec l'UMP, le site http://www.delation-gouv.fr/, je suis sûr que des milliers de crétins vont se dénoncer les uns les autres... comme ça en plus je pourrai réduire les effectifs même des policiers, vu que pour financer les réductions des impôts pour mes riches, les suppressions de frais de succession pour mes riches, ou la défiscalisation des heures sup pour mes riches entrepreneurs, il va falloir virer à tour de bras, les profs, les infirmières, les fonctionnaires divers et variés...
Bon eh bien à demain cher journal. Je te laisse, je vais faire un concours de glissades sur les parquets de l'Elysée. Ils sont rutilants. Comme moi. Je vais faire le tour du propriétaire aussi. Et pas qu'une fois. Tout ça, c'est à moi!!! Et puis après, je me mettrai au boulot. Et là, ça va chier! Faites gaffe à votre cul les gars!
Allez je te laisse cher journal! Kiss!
* Source : Le Canard Enchaîné du 9 mai 2007

